Comment nomme-t-on les oiseaux ? ...

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Balbuzard890
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Balbuzard890


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MessageSujet: Comment nomme-t-on les oiseaux ? ...   Comment nomme-t-on les oiseaux ? ... Icon_minitime7/9/2023, 11:06

Bonjour !


Comment nomme-t-on les oiseaux ?





Voici un vidéo très intéressant sur la provenance des noms d'oiseaux. Qu’ils soient descriptifs ou en hommage à un humain, ils évoluent au gré des découvertes scientifiques et des valeurs de la société. Choisir leurs noms peut donc être, parfois, un exercice délicat !




- Reportage de Carine Monat réalisé par Simon Giroux pour l’émission télé La Semaine Verte de la chaine publique de Radio-Canada.



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Renépel
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Renépel


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MessageSujet: Re: Comment nomme-t-on les oiseaux ? ...   Comment nomme-t-on les oiseaux ? ... Icon_minitime8/9/2023, 15:18

Smile J'ai écouté à nouveau avec plaisir ce reportage intéressant. Merci !
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https://www.flickr.com/photos/136542058@N08/
Balbuzard890
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Balbuzard890


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MessageSujet: Re: Comment nomme-t-on les oiseaux ? ...   Comment nomme-t-on les oiseaux ? ... Icon_minitime9/9/2023, 11:33

Bonjour !


Pour ceux qui veulent comprendre les tracasseries que peuvent occasionner la bonne nomination des oiseaux au fil des ans.


Voici un petit historique des débats sur les modifications des noms des oiseaux pour la francophonie.


Les ornithos d’un certain âge sont régulièrement titillés par des changements dans les noms, français ou latins, des espèces d’oiseaux, les limites des espèces ou l’ordre dans lequel on les classe. La plupart de ces changements sont simplement le témoin des progrès, voire des hésitations, de la connaissance scientifique. Il en est ainsi, par exemple, de l’éclatement de l’ancien « goéland argenté » (larus argentatus) en au moins quatre espèces actuelles... Ce qui me gêne plus, c’est le changement de la « nomenclature vernaculaire », c’est ­à ­dire des noms français des espèces. La poule d’eau est devenue; la gallinule poule­ d’eau (gallinula chloropus), le traquet pâtre; le tarier pâtre (saxicola rubicola) et la mésange à moustaches; la panure à moustaches (panurus biarmicus). Pourquoi de tels changements ? Parce que la poule d’eau n’est pas une poule, qu’un traquet pâtre est d’un genre différent des « vrais » traquets et que la mésange à moustaches ne fait pas partie des paridés mais des panuridés.

Oui, et alors... ?  Quel est le rôle d’une nomenclature vernaculaire ?... Assigner un nom français (pour le cas qui nous intéresse unique à une espèce donnée : le merle noir à turdus merula, même quand il est brun (cas des jeunes et des femelles). Mais elle ne rend pas compte de la place systématique de l’espèce : ça, c’est le rôle de la nomenclature scientifique (le nom latin) qui donne le nom du genre auquel elle appartient et le nom de l’espèce, voire de la sous-­espèce. Donc, quand on parle de poule d’eau, on ne prétend évidemment pas que c’est un gallinacé, juste que c’est le nom français qui correspond à gallinula chloropus, dont chacun sait que c’est un rallidé, même quand on a un certain âge.

Nos collègues étrangers ne font pas cette confusion entre les rôles des deux types de nomenclatures. Ainsi le terme anglais« warbler » (paruline) correspond à la plupart des fauvettes, aux rousserolles (acrocephalus scirpaceus), aux locustelles (locustella luscinioides), aux  hypolaïs (hippolais polyglotta),  aux pouillots (phylloscopus sp.) (sauf le pouillot véloce (phylloscopus collybita), aux cisticoles des joncs (cisticola juncidis), aux bouscarles (bradypterus sp.) et aux agrobates roux (cercotrichas galactotes)... et je ne pense pas que cela handicape tellement l’ornithologie anglophone ! … À l’inverse, en italien, la fauvette mélanocéphale (curruca melanocephala) se dit occhiocotto (= œil rouge brique), la fauvette à tête noire (sylvia atricapilla); capinera, la fauvette grisette (curruca communis); sterpazzola, la fauvette babillarde (curruca curruca); bigiarella, malgré leur appartenance au même genre sylvia.

Il semblerait que la mésange à longue queue risque de devoir être rebaptisée; orite à longue queue (aegithalos caudatus), (elle n’est effectivement pas un paridé). Je pense que ce serait une fois encore le témoignage de cette confusion des rôles. Ou alors, continuons le massacre ! Je vais même suggérer les prochaines victimes : les gobemouches d’Europe (ficedula sp. - muscicapa sp.) qui appartiennent à deux genres différents. Que préférez­-vous : le muscicape strié (muscicapa striata) ou la ficedule hypoleuque (ficedula narcissina) ?

Remarque : je trouverais plus utile qu’on trouve une nomenclature commune à tous les francophones : notre ancienne harelde de Miquelon est devenue harelde boréale (clangula hyemalis)sous prétexte que les « nôtres » ne venaient pas de cette île française. Mais on n’a pas appliqué le principe qui veut que ce sont les locuteurs de la région où réside majoritairement l’espèce qui la nomment : nos amis québécois la nomment harelde kakawi.



Histoire récente de la nomenclature francophone des oiseaux.

Avant d'avoir un nom scientifique, les oiseaux ont eu une dénomination populaire, locale, parfois différente à quelques dizaines de kilomètres de distance. L'analyse de l'origine des noms des oiseaux publiée par CABARD et CHAUVET (2003) montre qu'il n'est pas toujours facile de retrouver la racine des anciens noms vernaculaires. Le vieux français, les patois, les langues régionales complétés par des déformations de prononciation au cours du temps ont forgé une dénomination qui existe encore de nos jours. Ainsi, la nomenclature francophone a toujours évolué. Elle a pris une forme plus rigoureuse en 1936 avec la parution de la fameuse liste des oiseaux de France de Noël Mayaud (qui est encore une référence pour les taxonomistes), mais cette liste est restée confidentielle car réservée aux scientifiques (MAYAUD, 1936). C'est surtout après la Seconde Guerre mondiale, avec la traduction du fameux guide illustré « Peterson Field Guide » créée et éditée par le célèbre ornithologue Roger Tory Peterson traduit par Paul Géroudet (PETERSON et al., 1954), que nous retrouvons la majorité des noms vernaculaires encore utilisés aujourd'hui. Paul Géroudet, ce célèbre ornithologue helvétique a établi la première dénomination binominale (nom de genre et nom d'espèce) francophone cohérente des oiseaux d'Europe. Cette nomenclature est restée relativement stable jusqu'au début des années 1980. Rappelons que c'est le suédois, Carl Von Linné qui a établi au XVIIIe siècle, la première nomenclature scientifique binominale (combinaison de deux mots servant à désigner une espèce). 



Pourquoi y a‐t‐il eu quelques changements récents ?

Parce ce qu'un travail important avait été entamé dès le début des années 1980 en Belgique, en relation avec des ornithologues québécois, pour établir une liste mondiale des oiseaux avec des noms français (Noms français des oiseaux du monde) dans le cadre du travail de la « Commission internationale des noms français des oiseaux ». Deux Français étaient censés y participer (Christian Érard et Roger Cruon), mais ils n'ont rien fait pour sauver les dénominations traditionnelles utilisées par les ornithologues français. Ainsi, les deux coprésidents de cette commission (Pierre Devillers de Belgique et Henri Ouellet du Québec) ont imposé nombre de noms vernaculaires québécois comme harelde kakawi. C'est à cette période qu'a été créée (enfin, ranimée, pour être plus précis – je passe sur les détails) la Commission d’Avifaune Française (CAF) par Philippe Dubois et moi­-même. Son rôle a surtout été redéfini. Il s'agissait d'établir la liste des oiseaux de France métropolitaine avec une nomenclature francophone choisie par la communauté des ornithologues français, ainsi que celle du paléarctique-occidental. Le paléarctique est l’une des huit éco-zones qui divisent la surface de la Terre. Physiquement, c’est la plus vaste, incluant les éco-régions de l’Europe, du nord de l’Asie (au nord de l’Himalaya), de l’Afrique du Nord et les parties septentrionales et centrales de la péninsule arabe. A l’ouest de cette immense zone, on trouve le paléarctique-occidental, à laquelle appartiennent les avifaunes de France, de Belgique et de Suisse. 


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Voici les sept divisions des zones bio-géographique.

Quelles sont les limites précises de cette vaste zone bio-géographique, qui va de l’Islande à l’Irak, et où près de 1 100 espèces d’oiseaux peuvent être observées. La terre a été divisé en six grandes régions bio-géographiques au sein desquelles existe une certaine unité des espèces et des communautés végétales et animales, notamment des oiseaux (on parle aussi de régions zoogéographiques). Ces zones sont le paléarctique (Est de l’Europe et l’Asie) et le paléarctique-occidentalle (ouest de l’Europe et nord de l’Afrique), néarctique (Amérique du Nord), l’afrotropical( Sud du Sahel jusqu’au sud de l’Afrique), l’indomalais (sud-ouest asiatique), l’australien (parfois appelé notogéen) et le néotropical. Madagascar et les îles adjacentes forment un septième empire — le Malgache. L’Antarctique et les îles océaniques de l’hémisphère Sud ne sont inclus dans aucune zone bio-géographique.



En 1989, avec Philippe, nous avons publié la première liste des oiseaux du paléarctique-occidental en français (LE MARÉCHAL et DUBOIS, 1989), et nous l'avons mise à jour régulièrement. Elle établissait la nomenclature francophone adoptée par la nouvelle CAF. Suite à la parution de la première liste mondiale en 1993 (Commission internationale des noms français des oiseaux, op. cit.), des différences apparaissant entre les choix de la CAF et ceux des Belges et des Québécois, j'ai pris l'initiative de demander une réunion (fin 1993) des représentants de chaque pays francophone pour tenter d'aboutir à un consensus. L'idée était la suivante : la CAF gardait la main sur la nomenclature de la liste des oiseaux de France (voire du paléarctique occidental), mais nous la lâchions sur les noms francophones des oiseaux du reste du monde. Cette réunion à laquelle n'ont assisté que les Européens fut quelque peu stérile, chacun restant sur sa position, notamment nos collègues belges. Comme nos amis québécois n'avaient pu se déplacer, je suis allé au Québec en 1994 pour en parler avec eux. Leur proposition était la suivante : pour les espèces européennes qui sont occasionnelles en Amérique du Nord, c'est vous (la CAF) qui donnez le nom vernaculaire et, pour les espèces originaires (ou plus abondantes) en Amérique du Nord et qui apparaissent parfois en Europe, c'est nous (les québécois) qui donnons le nom francophone. Malheureusement, nous n'avons fait que peu de progrès en regard des différences qui subsistaient (en compensation, nous avons fait une belle liste d'oiseaux...). Parallèlement, j'ai échangé plusieurs courriers avec Paul Géroudet afin de lui demander son avis sur les changements possibles de dénomination francophone suite aux progrès des approches de taxonomie. Il était très favorable à une évolution des noms vernaculaires qu'il avait donnés au début des années 1950 et je garde un excellent souvenir de ces « échanges de noms d'oiseaux ».

Nous en sommes restés là depuis la fin des années 1990 et aucun nouveau rapprochement n'a été tenté. En 1998, avec Guilhem Lesaffre, nous avons publié une liste des oiseaux du monde, traduction de l'ouvrage de Michael Walters (WALTERS et al., 1998). Cet ouvrage reprenait les noms vernaculaires de la liste du paléarctique occidental de 1997 (LE MARÉCHAL et DUBOIS, op. cit.) et, pour les autres espèces du monde, les propositions de nos collègues belges et québécois.



Pourquoi normaliser la nomenclature francophone ?

C'est peut-­être une déformation du cartésianisme français (rigoureux, clair, logique, méthodique et rationnel). L'idée est de présenter, dans la continuité de Paul Géroudet, une nomenclature binominale : un nom de genre et un nom d'espèce francophones, comme dans la nomenclature scientifique, avec l'objectif de clarifier la communication et l'identification de chaque espèce, voire de chaque sous-­espèce. Par exemple, quand on regarde la liste des oiseaux du monde en français, on remarque qu'il y a neuf « poules­ d'eau » dans le monde dont le nom générique scientifique est gallinula. Nous avons donc choisi comme nom de genre francophone gallinule et comme nom d'espèce poule­ d'eau pour celle qui vit en Europe. C'est ce dernier vocable poule­ d'eau que nous utilisons tous pour communiquer sur le terrain, bien sûr, mais la liste mondiale devient cohérente et lisible.

 On a ainsi pour les neuf espèces connues : 
• gallinula silvestris, gallinule d’Édith.
• gallinula nesiotis, gallinule de Tristan da Cunha.
• gallinula chloropus, gallinule poule­d’eau • gallinula tenebrosa, gallinule sombre.
• gallinula angulata, gallinule africaine.
• gallinula melanops, gallinule à face noire • gallinula ventralis, gallinule aborigène.

• gallinula mortierii, gallinule de Tasmanie • gallinula pacifica, gallinule punaé.



Autres changements liés aux nouvelles approches de taxonomie.

Au début des années 1980, les approches d'hybridation d'ADN ont permis d'avoir un nouveau regard sur les parentés des familles d'oiseaux et même au niveau des genres (SIBLEY et MONROE, 1990). Les progrès des approches génétiques, le séquençage de l'ADN mitochondrial ou nucléaire et la création de logiciels de traitement des données phylogénétiques ont apporté une nouvelle vision des parentés au niveau spécifique (JIGUET et CROCHET, 2010). Des espèces qui avaient des ressemblances morphologiques étaient éloignées génétiquement. Ce fut notamment le cas des mésanges rémiz  devenues; rémiz penduline (remiz pendulinus), mésanges à longue queue devenues l’Orite à longue queue (Aegithalos caudatus), les mésanges bleues (parus caeruleus) sont devenues (cyanistes caeruleus) et les mésanges grande-charbonnière sont passé à mésanges charbonnières (parus major). Les conséquences sur les arbres phylogénétiques et le changement qui en a suivi sur le classement des familles et des genres ont été relativement perturbants au cours des trente dernières années. Les plongeons (gavia immer) appelés plongeon huard au Canada et les grèbes ont perdu leurs places auprès des anatidés au profit des podicipedidés  et depuis peu, ce sont les phasianidés qui débutent la liste des oiseaux en France. Les conséquences n'ont pas seulement concerné le classement des familles et des genres. On s'est aperçu que certaines espèces étaient mal apparentées, mal placées dans l'arbre phylogénique (relations de parenté entre organismes vivants). Avec le changement du générique scientifique, nous avons tenté de trouver un générique vernaculaire pour ne pas rencontrer, dans la liste mondiale, des traquets (oenanthe oenanthe) au milieu des tariers (saxicola rubetra), pour ne prendre que cet exemple.

La CAF n'a jamais eu la volonté de changer pour le plaisir de changer ; elle a seulement cherché à ajuster la nomenclature francophone aux progrès de la génétique lorsque cela était possible. Dans quelques cas, nous avons ainsi remplacé le nom de genre par le spécifique, celui que chacun utilisait dans le langage courant. Prenons l'exemple du combattant (calidris pugnax) et du guignard (charadrius morinellus). On sait à présent que ces deux espèces sont des calidris, donc des « bécasseaux ». Au lieu de les appeler bécasseau combattant (ce qu'avait proposé Géroudet,  il y a une vingtaine d'années) et bécasseau guignard; nous avons choisi combattant varié (calidris pugnax) et guignard d'Eurasie (eudromias morinellus). Ainsi, l'usage du parler de terrain reste et le message écrit montre que le combattant (charadriiformes) n’est pas un chevalier (scolopacidés)et le guignard (charadriidés) n'est pas un pluvier (charadriinés). Dans d'autres cas, nous n'avons jamais trouvé de consensus sur un nouveau générique. C'est le cas de la mésange à longue queue (aegithalos caudatus), qui est restée mésange. Paul Géroudet m'avait proposé meunière à longue queue...

Peu d'ornithologues amateurs connaissent les noms scientifiques et de toute façon ils ne communiquent jamais entre eux avec de tels noms. Par ailleurs, l'information portée par le nom vernaculaire peut être importante pour le débutant, à la fois pour la mémorisation et la compréhension des ressemblances entre les espèces. Le développement des voyages et la demande de listes en français des divers continents conduisent à disposer d'une nomenclature vernaculaire cohérente. C'est un réel progrès pour les usagers et les éditeurs de guides de terrain. Le nom vernaculaire, s'il n'a pas vocation à remplacer le nom scientifique, peut apporter une information et permettre une lecture plus claire des listes mondiales.

Les rares défenseurs de la tradition des années 1950 sont attachés aux noms français des oiseaux donnés par Géroudet dans sa traduction du « Guide Peterson », ceux qu'ils ont connus quand ils étaient jeunes. Mais, c'est Gérouret, lui-­même qui incitait la CAF à faire évoluer les noms vernaculaires ! Combien d'espèces finalement sont concernées ? Une vingtaine dont le nom a été modifié au cours des trente dernières années sur les trois cent soixante­ sept connues en France. La jeune génération comprend très bien ces petits ajustements et ne s'en formalise pas. Elle s'habitue même rapidement aux nouveaux classements des familles et des genres.

Les noms scientifiques et le classement des oiseaux ont beaucoup changé ces dernières années et ce n'est pas terminé. La CAF suit à présent les propositions de IOC (International Ornithological Committee) dans le cadre d'une liste mondiale. Les connaissances sur les parentés des familles, des genres et des espèces sont en pleine évolution avec des changements des noms scientifiques à la clé. S'il n'est généralement pas nécessaire de modifier les noms vernaculaires, c'est parfois utile pour améliorer la communication et la compréhension des relations phylogénétiques entre les différentes espèces oiseaux.


Frédéric Malher et Pierre pour le webzine d’ornithologie francilienne « Le Passer ».

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Balbuzard890
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MessageSujet: Re: Comment nomme-t-on les oiseaux ? ...   Comment nomme-t-on les oiseaux ? ... Icon_minitime15/9/2023, 14:05

Bonjour !

Voici un autre texte très intéressant sur l'évolution des noms des oiseaux au fil des années par rapport à l'historiques de leurs premiers observateurs ornithologistes.




Déboulonner les noms des oiseaux


De plus en plus d’ornithologues souhaitent remplacer les noms d’oiseaux qui font référence à une personne, dont certaines impliquées dans l’esclavage ou la colonisation, par des noms descriptifs. Les noms Townsend, Bendire et McCown deviendraient gros-bec, gorge-rouge et ventre-gris. La nyctale de Tengmalm (aegolius funereus),  le bruant de LeConte (ammodramus leconteii) le solitaire de Townsend (myadestes townsendi), la bécassine de Wilson (gallinago delicata), le fou de Grant (Sula granti), le pic de Lewis (melanerpes lewis), le moqueur de Bendire (toxostoma bendirei), la mouette de Bonaparte (chroicocephalus philadelphia), le colibri d’Elena (mellisuga helenae), l’oie de Ross (anser rossii), le coucou de Klaas (chrysococcyx klaas), le bruant de Lincoln (melospiza lincolnii), ou encore le guillemot de Brünnich (uria lomvia) … Tous ces noms d’oiseaux font référence à une personne.

Environ 10 % des espèces d’oiseaux dans le monde sont dotées d’un patronyme, soit près d’un millier, dont 150 en anglais et 250 en français en Amérique du Nord. L’humain honoré par un nom d’oiseau est souvent le premier à l’avoir décrit dans son journal. Il s’agit généralement d’un ornithologue renommé de l’époque ou d'une personne admirée, de la famille, ou encore de gens importants dans l’élaboration de collections, comme celle de la Smithsonian-Institution, enrichie par des personnes au Canada de la baie d’Hudson qui envoyaient des spécimens trouvés ou tués.

Le bruant de Lincoln, par exemple, a été nommé ainsi par Jean-Jacques Audubon, célèbre naturaliste, en l’honneur de son jeune ami Thomas Lincoln (et non le président ! ) qui l’accompagnait lors d’une expédition dans l’Est canadien en 1833. C’est en Nouvelle-Écosse qu’ils entendent un chant d’oiseau qu’ils ne connaissent pas. Lincoln est le premier à voir l’animal et à l’abattre - méthode de l’époque pour étudier les oiseaux. L’oriole de Baltimore (icterus galbula), quant à lui, a un plumage noir et or. Son nom fait référence au Lord Baltimore qui, au 17e siècle, avait colonisé tout l’état du Maryland et dont les armoiries sont aux couleurs de l’oiseau. La chouette ou la nyctale de Tengmalm (aegolius funereus), doit son nom au naturaliste suédois Peter Gustav Tengmalm qui a été le premier à la décrire à la fin du 18e siècle. La paruline à calotte noire (cardellina pusilla) ou «Wilson’s Warbler» en anglais, a été décrite pour la première fois en 1811 par l’ornithologue Alexandre Wilson, un poète déchu venu d’Écosse, considéré comme l’un des fondateurs de l’ornithologie américaine. Il a aussi donné son nom à une bécassine de Wilson, un phalarope de Wilson (phalaropus tricolor), un pluvier de Wilson (charadrius wilsonia) et un petit oiseau marin nommé océanite de Wilson (oceanites oceanicus). Cette ornithologue classe les oiseaux des États-Unis et les répertorie dans l’ouvrage de référence American-Ornithology, publié en neuf volumes de 1804 à 1814.

La mouette de Bonaparte fait référence à Charles-Lucien Bonaparte, neveu de Napoléon. Né en France en 1803, il s’installe aux États-Unis pour quelques années en 1822, où il se passionne pour l’ornithologie. Il poursuit les travaux de Wilson et se lie d'amitié avec Jean-Jacques Audubon. Ce dernier est un adepte des grands voyages et des expéditions à la recherche d’espèces inconnues. Il nomme une mouette en hommage à Bonaparte, et une tourterelle, en hommage à l’épouse de celui-ci, tourterelle triste (zenaida macroura). L’épervier de Cooper (accipiter cooperii), lui, a été nommé par Charles Bonaparte en 1828, en l'honneur de son ami et collègue ornithologue William Cooper.

Et la liste est encore longue. Mais plusieurs ornithologues, dont l’Américaine Jordan Rutter, soulignent que « certaines des personnes honorées par les noms éponymes ont un passé vraiment problématique et ont fait des choses horribles qui ne correspondent pas à la morale et aux valeurs d'aujourd'hui ». Comme le naturaliste John Kirk Townsend qui a donné son nom au solitaire de Townsend (myadestes townsendi). Il profanait des tombes autochtones pour récupérer des crânes humains pour son ami, Samuel George Morton, adepte de la cranio-métrie. Cet anthropologue américain cherche à corréler la taille du crâne à une « race », prétendant ainsi que les races humaines existent et qu’en plus elles seraient hiérarchisées.

Jordan Rutter donne aussi l’exemple du plectrophane (bruant) de McCown (rhynchophanes mccownii) qui doit son nom à John Porter McCown qui a accidentellement abattu un premier spécimen. Mais cet homme est aussi devenu général de l’armée confédérée et s’est battu contre plusieurs communautés autochtones. En 2018, une demande officielle est soumise au comité nord-américain de classification et de nomenclature (North-American-Classification-and-Nomenclature-Committee, NACC) de la Société Américaine d’Ornithologie - AOS (American-Ornithological-Society) pour changer le nom du plectrophane de McCown. Du Panama au Canada, c’est l’AOS qui détermine le nom anglais des oiseaux. Elle rejette la demande de modification en évoquant que « l’éthique et la morale ne devraient pas être un facteur décisif pour les noms d'oiseaux ». Mais un an plus tard, en août 2020, le comité change d’avis. Le même plectrophane de McCown (rhynchophanes mccownii) devient le plectrophane à ventre gris (calcarius ornatus). Que s’est-il passé entre les deux décisions ?



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Voici ci-haut, le plectrophane à ventre gris, un oiseau présent dans l'ouest canadien.

 Suite à des demandes de révision l'AOS (American-Ornithological-Society), le bruant de McCown (rhynchophanes mccownii) est devenu en 2020, le plectrophane à ventre gris (calcarius ornatus). (https://www.oiseauxcanada.org/le-plectrophane-a-ventre-gris-symbole-de-changement-dans-les-prairies-canadiennes).


Le 25 mai 2020, à la ville de Minneapolis au Minnesota, George Floyd meurt sous le genou d’un policier blanc. La scène est filmée. La vidéo fait le tour du monde. Cette mort marque le début d’un mouvement contre le racisme et contre l’histoire coloniale et esclavagiste des États-Unis. Le même jour, une autre vidéo fait le tour du monde. Amy Cooper, une femme blanche, promène son chien sans laisse dans une section de Central-Park, à New York, réservée aux chiens attachés. Elle croise Christian Cooper (pas de lien entre eux), un ornithologue amateur, qui observe les oiseaux et lui demande d’attacher son chien. Elle refuse. Il filme la scène. Amy Cooper appelle alors la police en prétendant se faire agresser par un Afro-Américain. Cet événement raciste contre un ornithologue a été le déclencheur de plusieurs initiatives, comme la BBW la semaine des ornithologues noirs (Black-Birders-Week), qui promeut la diversité et dénonce le racisme dans les activités de pleins-airs, qu’elles soient scientifiques ou de loisirs.

Jordan Rutter et Gabriel Foley, quant à eux, co-fondent le mouvement BNB (Bird-Names-for-Birds). Ils préconisent de « célébrer les oiseaux plutôt que les humains, et de se concentrer sur l’animal tout en s’attaquant aux questions de justice sociale de cette communauté de passionnés ». En changeant les noms d’oiseaux, ils souhaitent que la communauté devienne plus inclusive et diversifiée. L’AOS (American-Ornithological-Society) appuie cette idée dans la révision de sa décision sur le nom du plectrophane de McCown : « La suppression d'un éponyme particulièrement problématique représente un pas en avant vers le démantèlement des barrières pour une communauté ornithologique plus inclusive. » Elle ajoute que « l’ornithologie n’est pas exempte de racisme, et que les minorités ethniques sont sous-représentées parmi les ornithologues et les naturalistes ». Oiseaux-Canada prend aussi des engagements pour dénoncer le racisme et favoriser la diversité et l’inclusion en ornithologie.

Le mouvement Bird-Names-for-Birds estime aussi que les noms sont importants pour les projets de conservation des espèces. Patrick Nadeau, président d’Oiseaux-Canada, donne l’exemple du poisson « chevalier cuivré » (moxostoma hubbsi), qui s’appelait auparavant « suceur cuivré ». Il précise en souriant que le nom a ouvertement été modifié pour favoriser la sensibilisation du public à la protection de cette espèce menacée. De plus, Jordan Rutter considère qu’un nom descriptif facilite l’apprentissage des oiseaux et permet à quiconque débuterait en ornithologie de partir sur le même pied que les ornithologues chevronnés. « Geai bleu (cyanocitta cristata), buse à queue rousse (buteo jamaicensis)… En entendant ces noms, les gens comprennent tout de suite et peuvent se représenter l’oiseau. Quand vous évoquez l'épervier de Cooper (accipiter cooperii) ou la paruline de Wilson ou Wilson's «Warbler» en anglais ou maintenant en français «paruline à calotte noire » (cardellina pusilla, anciennement wilsonia pusilla), qu'est-ce que ça représente pour quelqu'un qui ne les connaît pas ? ».

Pour simplifier les démarches de changement de taxonomie, et aller plus loin que les noms au passé jugé « problématique à la morale et aux valeurs d'aujourd'hui », Bird-Names-for-Birds propose de supprimer tous les noms de personne. L'organisme suggère de choisir des noms qui illustrent les caractéristiques de l’oiseau, que ce soit sa couleur, comme le cardinal rouge (cardinalis cardinalis), un aspect de sa morphologie, comme la paruline masquée (geothlypis trichas) ou le goéland à bec cerclé (larus delawarensis) ses habitudes, comme les plongeons (gaviidés), son habitat, comme le bruant des marais (melospiza georgiana), sa nourriture, comme l’échenilleur cigale (edolisoma tenuirostre), ou encore son cri, comme le tohi à flancs roux (pipilo erythrophthalmus) ou le viréo mélodieux (vireo gilvus). Ce ne seraient pas les premiers changements de noms d’oiseaux. En anglais, l’AOS les révise chaque année. En français, ils ont été uniformisés pour la dernière fois en 1993 par la Commission-Internationale-des-Noms-Français-des-Oiseaux (CINFO), à la suite d'un premier rapprochement des nomenclatures entre l’Europe et le Québec, dans les années 80. « C’est là que nos fauvettes sont devenues des parulines (parulidés) et que nos pinsons sont devenus des bruants (embérizidés) », sourit Louis Mercier, parce que ce souvenir traduit son âge de professeur retraité de l’Université de Sherbrooke. Il a comme projet de retraite la rédaction d’un dictionnaire historique des noms d’oiseaux. Plus de 400 articles sont déjà rédigés. Les vraies fauvettes sont des oiseaux de la famille des sylviidés qui vivent en Europe, en Asie et en Afrique.

Louis Mercier témoigne des nombreux changements de noms « ils existent depuis les débuts de l’ornithologie, parce que c’est une science qui évolue constamment ». Ces dernières décennies, ce sont principalement les analyses d’ADN qui modifient la classification de certains oiseaux et donc leur nom. Comme la paruline polyglotte qui est devenue l’ictérie polyglotte (icteria virens). Au Québec, une quinzaine d’oiseaux ont des noms de personnes. Le RQO (Regroupement-Québec-Oiseaux) forme en ce moment un comité de travail pour réunir des représentants de diverses régions de la francophonie qui auraient pour mandat de se pencher sur ce dossier, ainsi que sur les autres changements de noms qui surviennent annuellement. Une sorte de Commission-Internationale-des-Noms-Français-d’Oiseaux version «2.0», comme l’explique Jean-Sébastien Guénette, le directeur général. De son côté, l’AOS (American-Ornithological-Society) a formé un comité pour se pencher sur les 150 noms anglais en Amérique du Nord.

Jordan Rutter précise que leur demande n’a rien de nouveau : « En 2015, après des années de recherche, la Suède a changé tous ses noms d’oiseaux racistes. Pas seulement des noms de personnes, mais des connotations. L’Afrique du Sud en a aussi enlevé certains, et l’Australie travaille sur le dossier ». Louis Mercier pense à l'avenir et aux sections faunes et flore du dictionnaire numérique USITO  qu’il dirigeait à l’Université de Sherbrooke : « Dans le domaine de la botanique, il y a énormément de noms de botanistes qui ont été mentionnés [dans les noms de plantes]. Alors, quelle sera la suite de ce mouvement-là ? … On ne peut pas le deviner pour l'instant ». En attendant, Denis Lepage, scientifique à Oiseaux-Canada, met à jour la base de données de référence mondiale en matière de nom d’oiseaux, Avibase. Ce site web répertorie plus de 10 000 espèces d’oiseaux dans plusieurs langues et avec l’historique des changements de noms.



- Carine Monat, journaliste scientifique pour l’émission La Semaine Verte de la télé de Radio-Canada.


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